Les autorités ouest-africaines ayant fait le choix d’aller vers une monnaie commune, les quinze pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sont engagés dans un processus d’intégration visant, dans un premier temps, la coordination des politiques économiques et la convergence et, dans un second temps, la création d’une union monétaire.
L’intégration monétaire en CEDEAO est caractérisée par deux principales sous-régions, à savoir les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et les six pays ayant fondé la Zone monétaire d’Afrique de l’Ouest (ZMAO), ainsi que le Cap Vert. Selon une approche et un calendrier qui ont été plusieurs fois modifiés au cours de la décennie, la création d’une monnaie unique est actuellement prévue pour les pays membres de la CEDEAO qui respecteront les critères de premier rang du Pacte de convergence et de stabilité macroéconomique.
Le principal enjeu de ce projet réside dans la convergence des politiques et des résultats macroéconomiques des pays qui représente une condition préalable nécessaire pour la mise en œuvre de la monnaie commune. La stratégie de la CEDEAO repose ainsi sur un dispositif de convergence qui coordonne et contraint les politiques nationales et qui vise conjointement la stabilité monétaire et la soutenabilité budgétaire. Si dans l’espace UEMOA ce processus est engagé depuis plusieurs décennies dans le cadre de la zone franc et donne des résultats plutôt satisfaisants, il reste à approfondir en ZMAO. Des politiques sont mises en œuvre dans ce sens depuis 2001 par la CEDEAO à travers le dispositif de convergence et de surveillance multilatérale du pacte.
Des études avaient évalué la soutenabilité du projet de monnaie unique dans la zone CEDEAO, notamment en posant la question de savoir si cet espace constituait une zone monétaire optimale (ZMO). Toutes s’accordaient sur le constat que la CEDEAO ne constituait pas, du moins au départ, une ZMO et pointaient de sérieux problèmes à résoudre (divergence des chocs, différences de termes de l’échange et de fiscalité, absence de coordination budgétaire). À travers différents types d’analyses, dont les classifications de groupe, la CEDEAO était donc considérée comme insuffisamment homogène au regard des critères de ZMO. Face à ce constat, les autorités de la CEDEAO ont, depuis le début des années 2000, mis l’accent sur leur programme de convergence (révision des critères, renforcement institutionnel) largement orienté sur un assainissement et une coordination budgétaires. Dans ce contexte, la présente étude se propose d’examiner, à partir d’une approche en classification de groupes, si des progrès ont été réalisés en matière de pertinence du projet de monnaie unique en CEDEAO. L’opportunité de l’union monétaire sera ainsi actualisée avec des données récentes et jugée à partir d’une analyse combinant à la fois les critères issus de la théorie des ZMO (pertinence de l’union monétaire) et ceux du Pacte de convergence (soutenabilité budgétaire de l’union) puisque ces derniers déterminent l’entrée des pays dans l’union.
La géographie monétaire de la CEDEAO regroupe, d’un côté, les pays de l’UEMOA et le Cap Vert dont les monnaies sont en change fixe avec l’euro et fonctionnent selon les fondements de la zone franc et, de l’autre côté, les pays anglophones d’Afrique de l’Ouest et la Guinée qui ont des monnaies indépendantes.
Le sommet de l’Autorité des chefs d’État et de gouvernement à Abuja en 1987 avait adopté le Programme de coopération monétaire de la CEDEAO (PCMC). Le principal objectif était d’aboutir à un système monétaire harmonisé grâce au respect d’un ensemble de critères de convergence macroéconomique qui conduiraient à l’homogénéisation des économies des États membres. Les critères de convergence comprennent quatre indicateurs primaires et six indicateurs secondaires que les États membres de la CEDEAO doivent remplir avant de pouvoir participer à l’union monétaire unique.
Mamadou Ben
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