L’IMPACT DU CHANGEMENT CLIMATIQUE SUR LES ÉCONOMIES OUEST-AFRICAINES

Bien que la sous-région soit l’une des zones les plus riches et les plus peuplées d’Afrique, elle reste très exposée au changement climatique, notamment à travers la vulnérabilité de son agriculture. Les manifestations climatiques extrêmes, telles que les sécheresses, les inondations et l’érosion des sols ont des conséquences dévastatrices, entraînant des coûts importants et participant au ralentissement de la croissance économique de la sous-région. Les inégalités marquées, la mauvaise gouvernance, le manque de coordination et de moyens agissent comme des facteurs aggravants. Au-delà du coût de ces risques physiques, la sous-région sera également lourdement impactée par les coûts de transition, puisque son modèle économique largement dépendant des ressources énergétiques et agricoles est également à réinventer.

l’Afrique de l’ouest, zone la plus peuplée d’Afrique et l’une des principales économies du continent, est en première ligne face aux défis climatiques. Selon les projections de la Banque mondiale pour un scénario à très fortes émissions, l’Afrique de l’ouest devrait faire face à une hausse importante des températures, atteignant entre 2,9°C et 5,7°C d’ici 2100.

Sa dépendance à l’agriculture la rend particulièrement sensible aux perturbations climatiques. Selon la Banque Mondiale, environ 78 % de la superficie de la sous-région est consacrée à l’agriculture, dont la majorité de la production est pluviale (moins de 1 % est irriguée) et réalisée par de petits exploitants agricoles aux méthodes traditionnelles. De plus, sa géographie variée l’expose à de nombreux phénomènes météorologiques extrêmes.

Au nord, l’augmentation des températures et la désertification pourraient aggraver les problèmes d’approvisionnement en eau et de sécurité alimentaire, qui sont déjà des défis majeurs, en particulier dans cette région de l’Afrique. Par exemple, la hausse des niveaux de CO2 dans l’atmosphère entraînera une baisse de 17% des nutriments dans le riz, et les fluctuations de température et de précipitations réduiront les rendements de cette culture.Au sud, Les zones côtières et les bassins fluviaux sont exposés à des inondations qui causent des pertes humaines et des dommages aux infrastructures. En 2022, selon l’Agence des services hydrologiques, les pires inondations jamais enregistrées ont détruit plusieurs hectares de terres agricoles, touchant plus de milliers de personnes, causant plus de décès et déplaçant des milliers d’habitants. Les dommages économiques directs sont estimés à une valeur médiane. L’élévation du niveau de la mer met en péril les zones côtières, avec de l’érosion, la salinisation des terres et des inondations. Selon un article du Boston Consulting Group, la sous-région pourrait être inondée lors d’évènements climatiques extrêmes sous 1,5 mètre d’eau, et jusqu’à 2,5 mètres d’ici 2050.Le changement climatique accélère la dégradation des écosystèmes en Afrique de l’ouest, diminuant la résilience des pays face aux chocs climatiques. La déforestation, liée à l’expansion agricole, l’exploitation forestière illégale et la production de charbon de bois, entraîne une perte de biodiversité, une érosion des sols et une diminution de la capacité des forêts à absorber le carbone. Selon l’initiative Global Forest Watch (GFW), entre 2001 et 2023, la sous-région a perdu 1,33 Mha de couvert arboré, ce qui équivaut à une diminution de 13 % du couvert arboré depuis 2000 et à 724 Mt d’émissions de CO₂, qui entraîneront très probablement des pertes économiques touchant les secteurs clés de l’économie.

Le secteur agricole, représentant environ 25,18 % du PIB et couvrant 70,8 millions d’hectares de terres agricoles, est fortement touché par la sécheresse, les inondations et la dégradation des sols, entraînant une baisse des rendements des cultures de base telles que le maïs, le manioc, le millet et le riz. D’ici 2070, l’augmentation des températures devrait entraîner une diminution moyenne de 24 % des rendements du riz en Afrique, surtout dans les zones de riziculture pluviale, selon l’Agence américaine pour le développement (USAID).

Cette situation oblige déjà la sous-région à importer massivement. Selon la Banque mondiale, les importations alimentaires représentaient 11 % des importations totales en 2023. Au premier trimestre 2024, la sous-région a dépensé 689,88 M USD en importations alimentaires, ce qui représente 17 % du total des dépenses en devises pour les importations et une augmentation de 40% par rapport au trimestre précédent.

D’ici 2100, alors que la démographie pourrait plus que doubler, les pertes agricoles pourraient représenter 2 à 4 % du PIB en Afrique de l’ouest, selon l’USAID.

Mamadou Ben

SoonniNews, l’Afrique dans le monde🌏

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