L’industrialisation, un défi de taille pour l’Afrique
L’industrialisation de l’Afrique de l’Ouest est un défi d’envergure. La base productive des pays est généralement faible, constituée d’équipements obsolètes, et la région est l’une des moins intégrées dans les segments productifs des chaînes de valeur mondiale, du moins pour les activités de transformation, comme l’avait souligné l’édition 2014 de Perspectives économiques en Afrique. Cette situation découle directement de la crise industrielle qu’ont provoquée, à partir des années 1980, le démantèlement des barrières protectionnistes qui préservaient les industries locales, et les conflits et guerres civiles qu’ont traversés plusieurs pays de la région.
En 2014, le « rebasement » du PIB du Nigeria a révélé que le pays connaissait un rebond industriel. Avec le nouveau mode de calcul de la richesse créée, la part de l’industrie manufacturière dans la formation du PIB y est remontée de 2,4 % en 2008 à 9 % en 2015. Compte tenu de la prédominance de ce pays dans l’économie de l’Afrique de l’Ouest, ces derniers développements réactualisent à la hausse la contribution des industries non extractives à la richesse régionale. Avec le Nigeria, la part de la production manufacturière dans le PIB régional est ainsi passée de 5,9 % en 2005 à près de 9 % en 2015. En revanche, si l’on exclut le Nigeria, cette part a chuté de 11,2 % à 8,5 % sur la même période. Autrement dit, le reste de la région connaît un déclin industriel. Cette tendance est moins celle d’une désindustrialisation que celle d’une industrialisation insuffisamment rapide au regard de l’évolution globale de l’économie.
En effet, en volume, la part de la valeur ajoutée industrielle n’a cessé d’augmenter dans la région, passant de 12 milliards de dollars EU en 2005 à près de 20 milliards en 2015 (valeur réelle à prix constants 2000). Cependant, hormis au Nigeria, où le « rebasement » du PIB a inversé la tendance, la croissance industrielle est bien moindre que celle des autres secteurs. Sans le Nigeria, l’Afrique de l’Ouest a enregistré une croissance annuelle moyenne du secteur manufacturier de 2 % seulement, tandis que le PIB a crû, lui, de 5 %. En comparaison, le secteur des services a enregistré une croissance annuelle moyenne de 12 %, tirée principalement par le commerce, les transports, les télécommunications et les services financiers. La forte expansion des services dont la contribution au PIB régional a grimpé de 29,3 % en 2005 à 51,6 % en 2015, couplée à l’importance du secteur agricole (22,6 % du PIB régional en 2015), a produit une sorte de déséquilibre dans la structure de l’économie de la région, où l’industrie manufacturière fait figure de chaînon manquant entre les activités agricoles et les activités de services. Cette évolution se traduit par une forte dépendance extérieure pour les biens manufacturés, qui représentent en moyenne 46 % des importations de l’Afrique de l’Ouest, selon l’OMC.
La balance commerciale de ces biens est largement déficitaire au niveau régional, pénalisant non seulement les économies mais les populations, qui endossent les coûts d’importation des biens de consommation, ce qui favorise l’expansion sur les marchés locaux de produits à bas coût mais de mauvaise qualité.
L’ABSENCE D’INDUSTRIE ENTRAÎNE UN MANQUE À GAGNER IMPORTANT
En plus de réduire le déficit commercial, l’industrialisation de la région serait profitable à plusieurs titres. Tout d’abord, la diversification des activités permettrait de consolider les économies régionales, qui demeurent vulnérables à la volatilité des cours des matières premières. Par ailleurs, la faible capacité productive prive la région des effets d’entraînement associés au développement industriel, comme, entre autres, la création d’emplois et d’entreprises, l’attraction des investissements étrangers, la transformation du secteur informel, la diffusion des technologies et l’augmentation des exportations.
Pour l’heure, l’absence d’industrie entraîne un important manque à gagner, comme l’illustre remarquablement l’exemple du cacao : l’Afrique de l’Ouest produit et exporte 65 % des graines de cacao dans le monde. Mais parce qu’elle ne les transforme pas, elle ne bénéficie que de 3,5% à 6% du prix final d’une tablette de chocolat.
Mamadou Ben
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