L’Afrique de l’Ouest face au terrorisme : quelles menaces pour demain ?

L’Afrique de l’Ouest face au terrorisme : quelles menaces pour demain ?

Du Sahel aux côtes du Golfe de Guinée, les groupes armés djihadistes étendent leur emprise avec une stratégie d’adaptation qui dépasse les réponses militaires traditionnelles. Décryptage d’une crise dont les contours continuent de se redessiner.

Il y a dix ans, le terrorisme en Afrique de l’Ouest évoquait surtout le Nord du Mali et les enlèvements d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) dans le désert. Aujourd’hui, la réalité est autrement plus complexe : deux grandes nébuleuses djihadistes — le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaïda) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) — se disputent un territoire qui s’étire du Mali au Nigeria, en passant par le Burkina Faso, le Niger et désormais les États côtiers du Golfe de Guinée.

Ce qui frappe les analystes n’est pas tant l’existence de ces groupes que leur capacité d’adaptation. Là où les forces armées peinent à se déployer, là où l’État est absent ou perçu comme hostile, les djihadistes ont su s’installer durablement, en jouant sur les frustrations locales, les conflits intercommunautaires et les inégalités économiques criantes.

Un terreau fertile que la politique peine à assécher

La montée en puissance de la menace djihadiste ne s’explique pas uniquement par la radicalisation idéologique. Elle prospère sur des inégalités structurelles profondes : accès inégal aux terres agricoles, marginalisation des communautés pastorales peules, corruption des forces de sécurité et vide institutionnel dans les zones rurales. Les groupes armés ont appris à se présenter comme des arbitres, des pourvoyeurs de justice là où l’État est défaillant.

Au Burkina Faso, plus de 40 % du territoire échappe désormais au contrôle de Ouagadougou, selon plusieurs estimations concordantes. La junte au pouvoir depuis 2022, qui a expulsé les forces françaises et accueilli des mercenaires russes du groupe Wagner, fait face à une dégradation continue de la situation sécuritaire, malgré — ou à cause de — ce changement de partenaires.

« Les djihadistes ne gagnent pas des batailles militaires : ils gagnent du temps, et avec le temps, des territoires, des esprits et des ressources. »

Une réponse régionale qui cherche encore sa forme

L’architecture sécuritaire ouest-africaine est en pleine recomposition. La CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), fragilisée par les crises constitutionnelles successives et la création de l’Alliance des États du Sahel regroupant Mali, Burkina Faso et Niger, peine à articuler une réponse collective crédible. Les initiatives se multiplient — force multinationale mixte, Initiative d’Accra pour les États côtiers — mais les moyens, la coordination et la volonté politique restent insuffisants.

Les partenaires internationaux, l’Union européenne en tête, cherchent à réorienter leur aide vers les États côtiers encore préservés, tout en adaptant leurs modèles d’intervention après les débâcles sahéliennes. Mais la fenêtre d’opportunité se resserre : les groupes armés progressent vite, et la confiance des populations envers l’État s’érode chaque jour davantage.

Perspectives : entre escalade et résilience

L’avenir de la sécurité en Afrique de l’Ouest ne se jouera pas uniquement sur les champs de bataille. Il dépendra de la capacité des États à reconstruire un contrat social avec leurs citoyens les plus vulnérables, à investir dans des services publics de base, à réformer des forces de sécurité trop souvent vécues comme des menaces plutôt que des protections. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, le terreau du djihadisme restera fertile — et les groupes armés continueront d’y prospérer, avec ou sans soutien extérieur.

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