LE FINANCEMENT DES INDUSTRIES MANUFACTURIÈRES OUEST-AFRICAINES

Bien qu’il soit difficile de disposer de statistiques fiables sur le segment des PME en Afrique, on estime qu’elles contribuent à plus de la moitié du PIB et de l’emploi (Africapractice, 2005). Ces PME opèrent principalement dans les services, en particulier le commerce, mais également dans l’industrie manufacturière et dans les agro-industries, reflétant ainsi la structure du PIB de ces pays. Bien que les PME productives soient très minoritaires devant celles du secteur tertiaire, elles jouent un rôle prépondérant dans les secteurs industriels de ces pays. On estime par exemple qu’elles représentent environ 95 % de l’activité manufacturière et 70 % de l’emploi industriel au Nigeria, principal pays d’Afrique sub-saharienne.

Malgré leur poids dans les économies locales et en dépit de leur rôle moteur en termes de développement économique, les PME ont un accès très limité au marché des financements, particulièrement en Afrique subsaharienne (ASS). D’une part, le taux de pénétration bancaire en ASS est très faible, le total des actifs bancaires ne s’élève qu’à 32 % du PIB en moyenne et les crédits au secteur privé constituent moins de la moitié de ces actifs; d’autre part, ce sont principalement les grandes entreprises, souvent étrangères, qui bénéficient de la majorité des financements. Selon plusieurs études (Africapractice, 2005 ; FMI, 2004 ; Aryeetey, 1998), les difficultés d’accès aux financements sont le premier obstacle au développement des PME d’ASS, assez loin devant les problèmes de corruption, de déficience des infrastructures ou bien de fiscalités abusives. Ces études estiment que 80 à 90 % des PME ouest-africaines connaissent des contraintes de financement importantes.

Privées de l’accès au marché des financements, les PME couvrent le plus souvent la totalité de leurs besoins par des ressources personnelles (Africapractice, 2005 ; Aryeetey, 1998).

UN FINANCEMENT DIFFICILE PAR LES ACTEURS CLASSIQUES : banques, fonds d’investissements et bailleurs de fonds.

Le financement en dette bancaire : une forte demande mais une offre limitée. La frilosité des banques à l’égard des PME s’explique principalement par la forte asymétrie d’information qui existe entre entrepreneurs et banquiers. Plusieurs facteurs, spécifiques au contexte d’Afrique subsaharienne, en sont à l’origine. Tout d’abord, comme souligné par l’OCDE (Kauffmann, 2005) et le FMI (2006a), l’absence de normes comptables ou au contraire le niveau excessif de l’information comptable exigée dans le cas de l’Afrique centrale par les normes OHADA, ainsi que l’insuffisance de cabinets comptables indépendants, compétents et crédibles ont un impact sur la qualité de l’information financière transmise aux banques. De plus, au niveau des PME, les frontières sont souvent poreuses entre actifs de l’entreprise et patrimoine personnel de l’entrepreneur, crédit personnel et crédit professionnel, ce qui rend plus difficile pour le banquier d’apprécier la capacité de remboursement de son emprunteur. Par ailleurs, les entrepreneurs peuvent avoir un intérêt à diffuser une information financière très restreinte, voire erronée, afin d’échapper à la fiscalité. Cette situation est largement observée en Afrique subsaharienne, où les PME ont même une forte propension à passer dans le secteur informel pour échapper au harcèlement fiscal (FMI, 2006b ; Sethuraman, 1998 ; annexe 2).

Enfin, il n’existe souvent aucun outil permettant aux banques de connaître les comportements de paiement de leurs nouveaux clients. Les centrales des risques ou centrales des incidents de paiement sont soit inexistantes, soit inopérantes. Dans ce contexte, la communication informelle entre la banque et l’entrepreneur doit permettre de pallier la déficience des canaux classiques de communication. La réputation de l’entrepreneur et sa proximité avec le banquier (liens de parenté, relations de voisinage…) sont des éléments au moins aussi importants que la qualité des états financiers communiqués à la banque. À cet égard, les banques à capitaux locaux, beaucoup mieux intégrées dans le tissu économique local et plus à l’aise avec les pratiques du pays, ont souvent un très net avantage comparatif par rapport aux banques à capitaux étrangers (généralement non africains). Toutefois, tout en contribuant bien davantage au financement des PME, les banques locales apparaissent largement minoritaires dans la mesure où elles représentent en moyenne moins de 30 % du marché.

En conclusion, le marché du financement des industries manufacturières est pratiquement inexistant en Afrique subsaharienne et l’accès au financement représente de loin la principale contrainte rencontrée par les PME.

Mamadou Ben, SoonniNews🌍

Mamadou Ben:

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