LE SECTEUR INFORMEL EN AFRIQUE DE L’OUEST : Contraintes et potentiels de formation

L’économie informelle renvoie souvent l’image de petits producteurs et artisans non organisés opérant à la périphérie de l’économie formelle.

Dans les pays de l’Afrique de l’Ouest, la situation est généralement plus complexe : le dynamisme du secteur informel contraste avec la faiblesse du secteur moderne. De plus, dans ces pays, de petits exploitants coexistent avec des réseaux bien organisés et des entreprises du « gros informel » souvent politiquement bien connectées.

En effet, il faut impérativement distinguer le « petit informel » et le « gros informel ». Nous nous sommes appuyés sur l’étude réalisée en 2012 par Nancy Benjamin et Ahmadou Aly Mbaye comparant le secteur informel dans trois villes de l’Afrique de l’Ouest (Dakar, Cotonou et Ouagadougou) qui propose des critères de « formalité » des entreprises et révèle des différences importantes dans ces pays représentatifs de l’Afrique occidentale.

Les entreprises du gros informel sont des groupes pouvant employer plusieurs centaines de personnes qui semblent formels à la lecture des critères suivants : la taille de l’activité, l’enregistrement, la sincérité des comptes, la fixité du lieu de travail, l’accès au crédit et le statut fiscal. Ces entreprises sont par exemple bien connues des administrations fiscales mais payent un impôt sur une assiette sous-évaluée. S’ils correspondent à la plupart des six critères définis, ces acteurs du gros informel diffèrent aussi de véritables entreprises formelles sur des points moins tangibles comme leur structure organisationnelle. Une même personne concentre ainsi souvent tous les pouvoirs décisionnels qui sont alors exercés sans grande transparence.

Les entreprises du petit informel au contraire sont plus conformes à l’idée qu’on peut se faire de cette frange de l’économie. Elles opèrent en majorité dans le commerce, le transport ou l’artisanat. Une partie dominante d’entre elles sont des entreprises unipersonnelles, souvent enregistrées auprès des administrations locales et du ministère du commerce, mais pas de l’administration fiscale. Elles se caractérisent par un accès au crédit bancaire très faible voire inexistant, ce qui les tourne vers des marchés de crédit non officiels où les taux usuraires rendent le financement très onéreux. Le marché du travail dans lequel elles évoluent est presque complètement dérégulé et les travailleurs n’y bénéficient pas de protection sociale. L’informel occupe une position déterminante dans le processus de croissance et de développement économique de l’Afrique, comme l’atteste les chiffres de l’étude sur la structuration du PIB dans trois pays ouest-africains en 2012 (AFRISTAT, Economic and Statistical Observatory of Sub-Saharan Africa – Observatoire économique et statistique d’Afrique subsaharienne, 2013)1. Les entreprises assujetties au régime du forfait sont celles dont le chiffre d’affaires est inférieur à 40 millions de FCFA au Bénin, 30 millions de FCFA au Burkina, et 50 millions de FCFA au Sénégal. Les entreprises soumises au régime du forfait ont des obligations minimales en termes de tenue de compte.

En fait, l’administration fiscale procède plutôt à des estimations pour déterminer l’impôt qui leur est exigible. Du fait de la difficulté qu’il rencontre à suivre leurs opérations, l’administration fiscale leur applique généralement un taux d’imposition unique, incluant l’impôt sur le bénéfice, la patente et bien d’autres types de taxes auxquelles les entreprises du réel sont soumises.

Le stock de connaissances disponibles sur ce secteur est pourtant étonnamment réduit. Appréhender les causes et les conséquences de l’informel est crucial étant donné que celui-ci joue un rôle dominant dans les économies ouest-africaines, en particulier en matière de création d’emplois et de contribution à la formation du revenu. Le secteur informel contribue pour une grande part au PIB et pour 90% ou plus à l’emploi.

Le secteur informel représente plus de 50% de la valeur ajoutée gobale du PIB des pays à faible revenu, plus de 80% de l’emploi total et plus de 90% des emplois nouvellement créés dans ces pays. Ses incidences sont donc fortes sur les opportunités d’emplois, la productivité, les recettes fiscales et la croissance économique. Dans le même temps, le secteur informel pose d’énormes défis en termes de connaissances puisque, par définition, quelques-uns, sinon la plupart, des aspects de l’informel ne sont pas ou peu documentés.

Comprendre les dynamiques du secteur informel est pourtant crucial pour réaliser la transformation structurelle des économies les moins avancées, et les éloigner des activités agricoles, de subsistance et informelles pour les conduire vers des activités plus productives, une croissance et des emplois de meilleure qualité.

l’hétérogénéité de l’informel, à laquelle devraient répondre des poitiques publiques différenciées en conséquence est souvent négligée. La prise en compte du secteur informel dans les différentes politiques et sa nécessaire formalisation progressive représentent un enjeu majeur de développement dans les prochaines années.

Mamadou Ben

SoonniNews, l’Afrique dans le monde🌏

Mamadou Ben:

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