GÉOPOLITIQUE DES TRAGÉDIES AFRICAINES

GÉOPOLITIQUE DES TRAGÉDIES AFRICAINES

L’Afrique dont il est question est surtout celle qui s’étend au sud du Sahara, ce que l’on appelle l’Afrique tropicale ou plus couramment l’Afrique noire. C’est grosso modo les deux tiers de la superficie du continent et près des trois quarts de sa population.

Depuis des décennies, les médias en évoquent la « pauvreté chronique » scandée périodiquement dans de nombreuses régions par la famine. Mais, depuis une dizaine d’années, depuis précisément le grand génocide perpétré en 1994 au Rwanda, à cette image de l’Afrique, partie la plus défavorisée ou la plus « en retard » du tiers monde, se superposent les récits de nombreuses atrocités qui font chaque année des dizaines de milliers de victimes. Ces tragédies se répercutent d’un pays à l’autre, sans que les enjeux et les protagonistes puissent en être clairement perçus. Ce sont, ce que l’on appelle couramment des « conflits ethniques » qui éclatent localement dans la plupart des pays d’Afrique noire entre des peuples voisins dont les caractéristiques ethniques sont plus ou moins différentes.Un grand nombre de ces conflits sont plus ou moins sporadiques et durent quelques jours ou quelques semaines, comme c’est le cas à maintes reprises dans diverses régions du Nigeria par exemple, avant que l’armée ne vienne s’interposer.

En revanche en Afrique de l’Est aux abords des Grands Lacs, au Soudan, en Somalie, au Congo, mais aussi en Afrique de l’Ouest au Liberia, en Sierra Leone, il s’agit de conflits bien plus graves qui durent depuis plusieurs années. Ils ont fait plusieurs millions de morts.

Dans ces différents cas, il s’agit tout d’abord de conflits internes, entre des populations plus ou moins voisines qui sont parfois imbriquées les unes aux autres, comme au Rwanda, les Tutsis et les Hutus. Mais ces conflits internes donnent lieu aux interventions des armées d’États voisins, comme ce fut (et c’est encore) le cas au Congo-Kinshasa où des troupes du Rwanda, d’Ouganda, du Zimbabwe et d’Angola ont pénétré, sur près de deux mille kilomètres, depuis les frontières jusqu’à la capitale, pour participer aux conflits internes.

En Côte-d’Ivoire, qui était jusqu’alors un pays relativement calme et prospère, le conflit qui a éclaté depuis septembre 2002 est-il du même type ? Cependant, en Côte-d’Ivoire, il ne s’agit manifestement pas, du moins pour le moment, d’antagonismes ethniques, car, dans chacune de ces deux grandes parties du pays, les populations sont fort diverses et dans le conflit actuel la répartition des forces en présence n’est pas simple. La situation géopolitique en Côte-d’Ivoire est donc complexe et fort heureusement, le conflit n’a pas encore tourné à la tragédie.

Dans les nombreux pays africains où un conflit interne a tourné au drame et même, comme au Rwanda, au génocide, la situation particulière de chacun d’eux est elle aussi complexe et elle mérite une analyse spécifique. Mais pour essayer de comprendre les causes de cette série de conflits internes qui s’enveniment ensuite avec les interventions de forces étrangères, il faut envisager cet ensemble de cas à un degré plus poussé d’abstraction, c’est-à-dire en dégageant certaines de leurs caractéristiques communes.

Ces conflits internes, qu’à tort ou à raison l’on appelle ethniques, apparaissent comme relativement nouveaux, dans la mesure où il est difficile d’y saisir le jeu de forces géopolitiques d’envergure internationale. Ils apparaissent différents des luttes qui se sont déroulées en Afrique tropicale, il y a trente ou quarante ans. Leurs enjeux paraissaient alors assez clairs : il s’agissait d’abord de luttes pour l’indépendance comme en Angola, au Mozambique ou en Guinée-Bissau.

En effet, à la différence des colonies françaises et anglaises d’Afrique tropicale, qui ont accédé sans drame à l’indépendance. Ce qui est nouveau, depuis une dizaine d’années, depuis le génocide du Rwanda, c’est que les conflits qui se déroulent dans les États Africains ne peuvent plus être expliqués par des causes géopolitiques de grande envergure comme la « guerre froide « .

Qu’ils soient des séquelles des guerres coloniales, qu’ils se combinent ou non avec la poussée islamiste, les conflits que connaissent les États d’Afrique noire sont d’abord des conflits internes et se déroulent entre des forces locales ou régionales dont les particularités ethniques sont plus ou moins marquées, d’où l’expression de  » conflits ethniques  » employée dans les médias européens ou américains, considérée par nombre de chercheurs en sciences sociales comme des conflits Violents entre des forces politiques que l’Europe en a longtemps connu.

En Grosso modo, ce serait la  » mondialisation  » qui serait la véritable cause de la multiplication, depuis quelques années, en Afrique de ces conflits internes qu’il ne faudrait pas appeler ethniques. Et celle-ci trouve en Europe, un large écho dans l’opinion antimondialiste ou altermondialiste.

Mamadou Ben

SoonniNews, le journal panafricain de l’intelligence économique et politique africaine🌍

Laisser un commentaire