LA MONTÉE DE L’EXTRÉMISME VIOLENT DANS LE SAHEL ( FACTEURS INTERNES ET EXTERNES )

LA MONTÉE DE L’EXTRÉMISME VIOLENT DANS LE SAHEL ( FACTEURS INTERNES ET EXTERNES )

La région du Sahel est l’une des plus grandes zones de conflit du continent africain; les attaques terroristes ciblant des civils et des forces gouvernementales et étrangères sont à la hausse et se multiplient dans la région. Plusieurs facteurs se sont conjugués pour permettre aux groupes terroristes d’accroître leur présence et leurs opérations, ainsi que d’empêcher le contrôle et la lutte contre ces opérations tels que la fragilité, la situation géographique, la persistance des conflits sociaux, la pauvreté et le chômage et l’aggravation de l’extrémisme religieux.

Si des facteurs locaux ont contribué à l’escalade de la violence extrémiste dans les pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, l’avancée du djihad mondial liée à la « guerre contre le terrorisme » menée par les États-Unis depuis le 11 septembre 2011 a cependant aussi joué un rôle dans l’expansion du militantisme radical dans la région. « Il y a, dans le Sahel, une combinaison de mauvaise gouvernance, de pauvreté, d’insécurité, ainsi que de plusieurs facteurs internes et externes qui contribuent à la violence extrémiste », a dit Ahmedou Ould-Abdallah, président du Centre de stratégie et de sécurité pour le Sahel et le Sahara, à l’occasion de l’ouverture de la conférence de Dakar, qui a eu lieu du 6 au 10 mai. « Le Sahel offrait un terrain idéal pour le développement de la violence extrémiste et son expansion au-delà des frontières nationales », a-t-il ajouté. L’instabilité de la région ne date pas d’hier. Depuis le premier coup d’État de l’Afrique indépendante, qui a renversé le président fondateur du Togo en 1963, l’Afrique de l’Ouest a en effet connu une série de putschs. Certains d’entre eux ont même déclenché des guerres civiles. L’Afrique de l’Ouest est également l’une des régions les plus pauvres du monde en dépit des ressources naturelles dont elle dispose. Parmi les dix derniers pays du classement de l’Indice de développement humain (IDH) des Nations Unies, sept sont situés en Afrique de l’Ouest. La mauvaise gouvernance politique et la piètre gestion des ressources ont souvent été à l’origine d’explosions de violence au sein des franges mécontentes de la société. Par ailleurs, un certain nombre d’études ont établi un lien entre la mauvaise gouvernance et l’insécurité en Afrique de l’Ouest. Les Touaregs du Mali, par exemple, ont lutté contre la marginalisation dont ils se disaient victimes de la part du gouvernement central et revendiqué la création d’un État autonome touareg dans le nord du pays.

À la suite du coup d’État de mars 2012 dans la capitale, Bamako, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) s’est emparé de villes du Nord qui étaient sous le contrôle des troupes gouvernementales, mais il a rapidement été chassé par des groupes militants islamiques. La création du Boko Haram, une milice nigériane qui souhaite l’établissement d’un État islamique et se montre de plus en plus violente, devrait être considérée comme une réaction à la corruption gouvernementale généralisée, aux abus commis par les forces de sécurité, au conflit entre les musulmans du Nord, insatisfaits, et les chrétiens du Sud et à l’accroissement des disparités économiques entre les régions, selon le Council on Foreign Relations. Certains observateurs insistent sur l’importance des facteurs locaux. En effet, en Afrique, l’islam militant est essentiellement lié au contexte local, même s’il s’associe à des courants idéologiques plus larges. Ainsi, les groupes islamistes apparaissent, évoluent et réagissent aux problèmes locaux immédiats, a écrit Terje Ostebo, de l’Université de la Floride, dans un article publié en novembre 2012 par le Centre d’études stratégiques de l’Afrique (CESA).«Le gouvernement malien n’a pas réussi à maintenir une présence forte dans le Nord et à investir systématiquement dans les infrastructures de la région. Cette situation a créé un environnement propice à l’expansion du militantisme islamique et à l’escalade de la violence dans la région », a dit M. Ostebo, professeur adjoint au CESA.

La pauvreté, le sous-développement et un sentiment de marginalisation et d’exclusion lié à l’absence de gouvernance, en particulier au niveau local, sont considérés comme des moteurs de l’extrémisme violent. Le soutien au développement est une approche à long terme qui permet d’agir sur ces éléments. Il y a un certain nombre de facteurs sous-jacents qui font que certaines régions sont particulièrement vulnérables à l’extrémisme violent et aux idéologies extrémistes, et il y a ensuite un certain nombre de facteurs qui déclenchent la violence. Ces facteurs comportent une dimension économique sous-jacente qui est souvent négligée. La pauvreté, le chômage et les inégalités socio-économiques expliquent en partie la montée des mouvements islamiques violents et non violents. Le développement fait partie des mesures pour contrer la violence extrémiste mais le sous-développement est tellement ancré dans la réalité de l’Afrique de l’ouest qu’il est très difficile de renverser la tendance. D’autres facteurs qui contribuent au crime et à la violence extrémiste notamment la vastitude géographique de la région, la faiblesse des institutions publiques et la loyauté des habitants et des gouvernements envers leur tribu ou leur clan plutôt qu’envers l’État.

Pour l’heure, la priorité au Sahel est d’aider à résoudre la crise malienne, l’Afrique de l’ouest n’a pas besoin d’une autre crise prolongée.

Mamadou Ben

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