Le contrôle, la redevabilité et la gouvernance du secteur de la sécurité sont des éléments essentiels à une force compétente et efficace. De telles mesures permettront de diminuer les infractions et contribueront à créer un environnement d’apprentissage qui permettra d’améliorer les pratiques futures. Le renforcement du contrôle interne et externe est un élément essentiel pour améliorer l’efficacité du secteur de la sécurité.
Les institutions de sécurité devraient mettre en place des cadres institutionnels qui favorisent le professionnalisme et une attitude apolitique systématique.Quand les acteurs de la sécurité se laissent politiser, ils érodent la crédibilité des institutions qu’ils représentent auprès de la population et peuvent eux-mêmes devenir une menace pour la sécurité des citoyens.
L’absence d’institutions fortes de contrôle du secteur de la sécurité en Afrique a ralenti les efforts visant à améliorer le professionnalisme militaire, facilité la corruption de fonctionnaires et entravé les forces de défense et de sécurité sur le continent. Neuf coups d’État militaires dans sept pays depuis 2020 soulignent la politisation et le manque de professionnalisme qui perdure au sein de certaines armées. Chacune de ces juntes militaires, bien qu’elles se soient engagées à rendre le pouvoir aux civils ont à plusieurs reprises repoussé les échéances de la transition politique. Ce faisant, elles ont exacerbé les tensions économiques qui pèsent sur les citoyens. Au Soudan, le refus de l’armée de permettre une transition démocratique a entraîné l’implosion du secteur de la sécurité et l’effondrement de l’État.
Les gouvernements africains sont parmi les plus faibles en ce qui concerne la lutte contre la corruption dans le secteur de la sécurité. Cette réalité diminue la confiance du public dans le gouvernement et menace la sécurité nationale et régionale. Près de la moitié des secteurs de la sécurité classés par Transparency International comme étant confrontés à des niveaux critiques ou très élevés de risque de corruption se trouvent en Afrique.
« Un contrôle efficace du secteur de la sécurité permet de garantir que la responsabilité solennelle des acteurs de la sécurité de porter des armes est utilisée dans l’intérêt du public ».
Selon les enquêtes Afrobaromètre, plus de 50 % des personnes interrogées en Côte d’Ivoire, en Eswatini, au Gabon, au Nigeria et au Togo n’accordent pas ou que très peu de confiance à l’armée. Une proportion encore plus importante des personnes interrogées dans ces cinq pays estime par ailleurs que la corruption a augmenté au cours des 12 derniers mois, et plus de 80 % d’entre elles estiment qu’elles risquent des représailles si elles signalent des faits de corruption. Plus de 40 % des personnes interrogées dans neuf autres pays ne font que peu ou pas du tout confiance à l’armée. Dans de nombreux pays africains, ces pourcentages sont encore plus élevés pour la police, qui est perçue comme l’une des institutions les plus corrompues.
La responsabilité publique et la transparence sont des défis majeurs pour les secteurs de la sécurité en Afrique. Sur les 45 pays africains qui publient leur budget, 28 ne révèlent leurs dépenses réelles. En outre, les dirigeants civils et ceux du secteur de la sécurité ne discutent pas ou peu des budgets de ces institutions. De nombreux pays africains ne disposent toujours pas de contrôle parlementaire efficace du secteur de la sécurité, ce qui entrave les forces de sécurité dans leur mission.
En l’absence d’une véritable redevabilité du secteur de la sécurité, l’impunité et le manque de professionnalisme se sont développés, et les capacités des forces de sécurité s’en sont trouvées dégradées. L’implication des agents de la sécurité dans des activités illicites, les abus contre les populations civiles et la politisation compromettent encore davantage l’efficacité des acteurs africains de la sécurité. Cette situation a directement contribué à accroître l’instabilité et les menaces à la sécurité des citoyens.
Le bilan de la réforme du secteur de la sécurité sur le continent reste mitigé. Dans certains cas, les armées se sont opposées aux réformes, réduisant ainsi l’efficacité des mécanismes de contrôle et de redevabilité. Dans une démocratie, la gouvernance du secteur de la sécurité fait référence aux structures, processus, valeurs et attitudes qui façonnent les décisions et la mise en œuvre des questions relatives à la défense et à la sécurité d’un pays. La gouvernance démocratique du secteur de la sécurité repose sur le principe selon lequel la légitimité de gouverner découle des dirigeants civils élus. l’État de droit est un élément essentiel de la gouvernance démocratique du secteur de la sécurité. Il repose sur le principe selon lequel nul n’est au-dessus de la loi et celui de la transparence.
LES FORCES NON ÉTATIQUES DANS LE SECTEUR DE LA SÉCURITÉ.
De nombreux gouvernements africains reconnaissent les unités de sécurité informelles telles que les groupes armés communautaires, les comités de vigilance, les milices des partis politiques ou même les milices nationales. Parfois, ces unités comblent des lacunes importantes et jouent un rôle complémentaire à celui des forces de l’ordre. Ces groupes peuvent présenter un risque pour la sécurité des citoyens.
Les groupes de sécurité informels ne sont généralement pas formés et sont plus enclins à commettre des abus ou à utiliser une force excessive. Les défunts » Bakassi Boys » au Nigeria prenaient par exemple la loi entre leurs mains et étaient plus craints que les criminels ordinaires. En revanche, les comités de vigilance d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, ont démontré que lorsque ces groupes sont soumis à un contrôle solide de la communauté et de la police, ils peuvent être efficaces.

Mamadou Ben
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