Communication d’influence, opération de charme, gestes concrets, … Après les tournées africaines des Français, des Russes et des Américains, les Chinois ont effacé des ardoises de la dette africaine. L’intensité attendue de la guerre économique que se livrent les puissances autour de l’Afrique se confirme, au gré de la conjoncture mondiale, face à des Africains qui s’affirment de plus en plus.Qui réussira à démontrer qu’il ne recherche que du gagnant-gagnant sans intérêts cachés ? C’est probablement l’un des aspects stratégiques sur lequel travaillent ardemment les puissances mondiales en quête d’un (re)positionnement économique sur les marchés africains. Une sorte de soft-power empreint de la volonté de rompre avec les vieilles habitudes, de frayer de nouvelles formes de coopération « d’égal à égal », comme voulu désormais par l’opinion africaine.
Sept mois après sa dernière tournée africaine qui l’a menée en Erythrée, au Kenya et aux Comores, Pékin surprend. « La Chine renoncera aux 23 prêts sans intérêt pour 17 pays africains qui étaient arrivés à échéance à la fin de 2021 », a annoncé le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, estimant qu’il est temps de « prendre des mesures concrètes pour promouvoir le développement commun ». Aucune information ne filtre pour l’instant au sujet des montants et des pays concernés, mais les Chinois se disent en plus « prêts à rediriger 10 milliards de dollars américains de leur DTS [Droits de tirage spéciaux, ndlr] vers l’Afrique et à encourager le FMI à orienter les contributions de la Chine vers l’Afrique ». La fameuse reconduction négociée depuis plus d’un an par les institutions financières panafricaines dont la Banque africaine de développement (BAD).Pékin réagit ainsi aux attaques des Occidentaux qui l’accusent de « piéger » l’Afrique avec la dette. Devenu premier partenaire économique du continent avec un record de 254 milliards de dollars d’échanges commerciaux en 2021, les prêts chinois aux Etats africains ont considérablement augmenté ces dernières décennies.
Bousculées dans leur positionnement historique sur les marchés africains, les puissances occidentales, face à l’empire du milieu et aux autres puissances émergentes comme la Russie se livrent à une véritable guerre économique qui s’amplifie au gré de la conjoncture mondiale et des bouleversements provoqués par les récentes crises : d’abord celle liée aux urgences climatiques et leur lot de dangers collatéraux ; puis la pandémie de Covid-19 et ses relents économiques ; enfin la guerre en Ukraine et ses implications géostratégiques. A coups d’opérations séduction, les partenaires des pays africains tentent chacun de se positionner comme le bon.« Il est clair qu’annuler des ardoises de la dette, c’est beaucoup plus que des opérations de charme, parce qu’il s’agit d’une action qui mène à du concret, car la dette touche le porte-monnaie des Etats, leur capacité de travail… Pour parler de manière terre à terre, je dirais clairement qu’il y a soft et soft », commente Dr Papa Demba Thiam, économiste international, interrogé par LTA. Quand les Occidentaux accusent les Chinois de »piéger » les Africains par la dette, ils savent de quoi ils parlent. Car, c’est par la dette que les Occidentaux ont contrôlé les Africains avec les ajustements structurels des institutions de Bretton Woods. Avec l’endettement, les pays ne font que payer les fonctionnaires et les systèmes de répression en Afrique pour tenir les populations à carreau. Mais les créanciers ne font pas des prêts qui créent le développement et la richesse partagée. Et c’est à cause de cet endettement que les Africains ont perdu le contrôle de leur politique économique », explique l’économiste.
En perte de vitesse, au plan business face à la percée de la Chine et au plan influence face à la montée de la Russie, la France qui veut regagner des parts de marchés, promet des investissements. En toile de fond, la quête d’alliés face à la Russie, son principal rival de l’heure, que le locataire de l’Elysée ne manque pas d’attaquer : » les Russes jouent sur leur puissance militaire pour proposer de la sécurité aux dirigeants de pays fragilisés comme la Centrafrique et le Mali en échange d’une captation de matières premières ».
Pendant ce temps, les Russes sillonnent le continent. Balayant du revers de la main la thèse occidentale selon laquelle la Russie serait à l’origine de la crise alimentaire menaçant la planète, Lavrov, la Russie étant un grand partenaire commercial de l’Afrique en matière d’armement et d’agriculture, s’est voulu rassurant quant aux solutions visant à garantir l’approvisionnement des marchés africains. À côté, on sait aussi que les Russes veulent monter en puissance dans le secteur minier africain, avec plusieurs contrats signés depuis 2019, année où Moscou a spectaculairement manifesté son intérêt pour le commerce avec les pays africains accueillant des grandes messes sur son sol.
Même si le secrétaire d’État américain Antony Blinken a voulu éloigner la connotation de rivalité au sujet de sa visite du 7 au 12 août en Afrique, il n’est plus à démontrer que Washington entend securiser son sillon sur un continent à plusieurs titres considéré comme le marché de demain. Les États-Unis qui accusent la Chine et la Russie de vouloir remodeler l’ordre mondial en leur faveur.
Bien que l’Afrique soit complexe, sa pertinence stratégique et économique pour les États-Unis est claire.
En réalité, les puissances ne sont pas préoccupées par les intérêts des Africains. Ce qui leur importe, c’est de mener cette guerre d’influence et économique en Afrique. La vérité est que la troisième guerre mondiale est multipolaire, économique et elle est en train de passer en Afrique. La neutralité de la majorité des pays africains dans le conflit russo-ukrainien a raison, selon plusieurs sources concordantes, comme la volonté du continent d’affirmer son autonomie, face à une opinion publique à la conscience éveillée. Les États Africains veulent avoir une lecture des relations internationales qui leur est propre et acceptée par les autres parties.

Mamadou Ben
SooniNews, l’Afrique dans le monde🌏
