Les flux financiers illicites liés au trafic de drogues menacent le développement politique, économique et social et la sécurité des pays du monde entier. L’OICS a déjà examiné la question, puisque son rapport annuel pour 1995 contenait un chapitre intitulé « Priorité à la lutte contre le blanchiment de l’argent ». Le trafic de drogues est l’une des activités les plus lucratives des groupes criminels organisés. Non seulement il a des conséquences néfastes sur la santé des usagères et usagers de drogues, mais il alimente aussi la violence, l’insécurité, l’instabilité et la corruption dans les pays où ont lieu la culture, la production, la fabrication, le transport, la distribution et la consommation.
Ce trafic n’est que l’une des activités illicites des groupes criminels organisés, qui sont également impliqués dans la traite des personnes, le trafic d’armes, l’exploitation minière illégale, le blanchiment d’argent et la corruption, lesquels s’accompagnent de niveaux élevés de violence ; ces groupes font donc planer une grave menace sur la sécurité et la prospérité des citoyens du monde entier. Les flux financiers illicites grâce auxquels les groupes criminels organisés cherchent à maximiser leurs profits constituent l’artère nourricière du trafic sous tous ses aspects ; il est par conséquent essentiel de les endiguer pour s’attaquer au trafic de drogues à l’échelle mondiale. Par ailleurs, la mondialisation a favorisé la circulation des capitaux, les innovations financières et les nouvelles technologies, telles que les paiements par téléphonie mobile et les monnaies numériques, qui ont amplifié la menace que représentaient les flux financiers illicites et la criminalité transnationale organisée.
Selon le Rapport mondial sur les drogues 2021 de l’ONUDC, quelque 275 millions de personnes ont pris des drogues en 2019 ; ce chiffre représente une augmentation de 22% par rapport à 2010 et, d’après les observations, la hausse a été plus rapide dans les pays en développement. Le cannabis était la drogue la plus consommée, avec un nombre d’usagers estimé à 200 millions dans le monde en 2019. Sur la période 2010-2019, les décès attribuables aux troubles liés à l’usage d’opioïdes ont augmenté de 41%. Aux États-Unis, les décès par surdose ont crû de 29,4% en 2020 par rapport à l’année précédente, pour atteindre, selon les estimations, 93331, dont 69710 impliquant des opioïdes ; le fentanyl et les opioïdes synthétiques de fabrication illicite étaient les principaux moteurs de cette évolution. Le trafic de drogues repose sur la dynamique entre l’offre et la demande : pour combattre ce fléau, les nations doivent s’attacher à réduire à la fois l’offre et la demande au moyen de stratégies et de politiques globales faisant intervenir les secteurs public et privé ainsi que la société civile.
Pour atteindre cet objectif, il faut viser toutes les étapes du trafic (culture,production, fabrication, transport, distribution, vente et rapatriement des revenus). Les efforts de réduction de l’offre doivent être déployés aux niveaux local, national et international, à l’aide des moyens diplomatiques, militaires, répressifs et de renseignement, de sorte que les envois de drogues puissent être interceptés, les réseaux criminels identifiés et les trafiquants traduits en justice. En cas de culture illicite de plantes dont on tire des drogues, il convient d’adopter des programmes de développement alternatif tels que la substitution des cultures.
Les flux financiers illicites ont suscité un intérêt accru avec les révélations des «Panama Papers » en 2016, des « Paradise Papers » en 2017, des «FinCEN Files » en 2020 et des «Pandora Papers » en 2021. Ces documents ont fait apparaître en quoi les gains illicites faussaient et affaiblissaient le système financier international et représentaient un détournement de fonds réservés au développement.

Mamadou Ben
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