Au moment où l’actualité porte le monde arabe sur le devant de la scène internationale et médiatique, il convient de revenir sur les grands défis structurels auxquels cette zone doit faire face. La question de la sécurité alimentaire apparait ici déterminante. Sans dire qu’elles ont été les facteurs déclencheurs des mouvements, la cherté de la vie en général et l’accroissement des prix alimentaires en particulier ont bel et bien été un vecteur parmi d’autres de la révolte. Si tel n’était pas le cas, comment d’ailleurs expliquer que les pays de la zone aient tous plus ou moins décidé de diminuer les prix des produits de première nécessité dans une tentative souvent avortée de calmer l’opinion ?
La question de la sécurité alimentaire interroge non seulement la condition des agricultures et les modèles de développement économique mais révèle également une série de vulnérabilités sociales et politiques. D’ailleurs, il convient d’accorder également à ce sujet toute l’attention qu’il mérite dans la combinaison de facteurs qui tendent à expliquer les soulèvements en cours au sein du monde arabe.Des contraintes qui se renforcent Contrairement à certaines idées reçues, l’agriculture constitue un domaine stratégique pour le futur et se situe bien au cœur de l’agenda global. Décomposé en quatre piliers interdépendants (disponibilité, régularité, accessibilité et qualité), le concept de sécurité alimentaire se traduit dans les faits par un accroissement tendanciel des risques humains au sein des pays arabes méditerranéens.
Le développement agricole aura été l’un des piliers des politiques mises en œuvre par les Etats de la région après les indépendances, mais la situation paraît de moins en moins favorable. Il faut insister sur les forces motrices qui rendent difficile la résolution de l’équation alimentaire dans ces pays. Des évolutions sociodémographiques très dynamiques tirent la consommation, tandis que les contraintes climatiques et la faiblesse des rendements handicapent la production agricole. Les espaces ruraux restent par ailleurs enclavés et la souveraineté alimentaire des pays se détériore.
Sur le plan sociodémographique, les chiffres sont éloquents. Les pays arabes Méditerranéens sont passés de 108 millions d’habitants en 1980 à 207 millions en 2010, soit un doublement de la population en l’espace de trois décennies. Leurs poids démographiques agrégés devraient atteindre 240 millions de personnes. Malgré l’exode vers les villes, il est important de souligner que les zones rurales n’ont jamais été autant peuplées. La population rurale des PAM atteint environ 91 millions d’individus en 2010 quand elle n’était que de 58 millions en 1980. Ces pays demeurent donc ruraux à près de 40 % aujourd’hui, voire plus dans le cas emblématique de l’Egypte. Pour les PAM, l’agriculture joue encore un rôle socio-économique capital par l’emploi de 20% des actifs officiels, par sa contribution à la formation du produit intérieur brut mais aussi par sa participation au panier des exportations.
Par-delà cet impératif démographique à nourrir de plus en plus d’individus, il faut ajouter que ces nouveaux consommateurs, pour la plupart urbanisés, ont par ailleurs manifesté des exigences nouvelles avec davantage de produits carnés pour remplir leur assiette. Ces changements s’accompagnent parallèlement d’une dérive préoccupante dans les pratiques alimentaires. L’adoption de régimes occidentaux, l’implantation massive des fast-foods et l’arrivée de la grande distribution dans les villes bouleversent les comportements alimentaires. Les indicateurs de surpoids et d’obésité explosent chez les populations, notamment chez les enfants. A moyen-terme, l’enjeu de cette insécurité alimentaire qualitative sera multidimensionnel dans des pays où les systèmes sociaux de santé peinent encore à émerger.
La géographie de la région dicte sa loi, puisque l’eau et la terre se raréfient dangereusement. Mal réparties, ces ressources sont pourtant indispensables à l’activité agricole. Près de 80 % des dotations hydriques sont encore dédiés à l’irrigation et plus de 90 % des sols arables sont exploités. Les réserves naturelles sont donc bien minces, sachant que la désertification progresse également. Si le stress hydrique et les limites foncières ont toujours été présents, les agricultures, ayant souvent fait preuve d’ingéniosité, sont clairement mises à l’épreuve comme jamais elles ne l’ont été par le passé. L’état général de l’environnement n’est pas rassurant dans la région et la gestion économe des ressources naturelles représente un défi stratégique. Il faudra avoir l’œil sur les conséquences à moyen-terme du processus en cours de renégociation du partage des eaux du Nil, dans lequel l’Egypte semble affaiblie. Sans ce fleuve, ce pays ne serait que désert.
Les espaces ruraux, plus peuplés que jamais, demeurent sous-développés. Ces populations rurales sont confrontées à deux soucis grandissants :
La diminution de la taille moyenne des exploitations ( résultat de dynamiques démographiques et foncières inversées ) et la perte de vocations professionnelles puisque très peu de jeunes désirent se tourner vers les métiers agricoles.
L’espace méditerranéen est l’une des régions au monde les plus vulnérables aux changements climatiques entraînant un risque accru de sécheresses estivales et des conséquences notables sur l’agriculture. La soutenabilité des politiques déployées par les PAM ( Pays Arabes Méditerranéens ) suscite des interrogations sur les modèles agricoles. On constate que la dualité se renforce sous l’effet de la mondialisation.

Mamadou Ben
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