Éthiopie : Le conflit au Tigré

Éthiopie : Le conflit au Tigré

Des affrontements armés opposent le gouvernement fédéral éthiopien et le gouvernement de l’État du Tigré, qui se situe au nord de l’Éthiopie, depuis le mois de novembre 2020. Ce conflit cause le déplacement de milliers d’Éthiopiens vers le Soudan.

L’Éthiopie est un pays enclavé d’Afrique, situé entre le Soudan, la Somalie, le Djibouti et l’Érythrée. C’est le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec 114 millions d’habitants.

Le Tigré est l’un des dix États semi-autonomes qui composent la Fédération d’Éthiopie. Cette zone montagneuse est située dans le nord de l’Éthiopie et compte environ 5 millions d’habitants. La capitale du Tigré, Makalé, compte près d’un demi-million d’habitants.

Le 4 novembre 2020, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed envoie des troupes fédérales au Tigré pour arrêter et désarmer le chef du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) au pouvoir dans le nord du pays. Abiy Ahmed accuse les troupes du TPLF d’avoir lancé des attaques contre des camps militaires.

Le gouvernement fédéral est basé à Addis-Abeba. Il est dirigé par le Premier ministre Abiy Ahmed. En revanche, l’armée dissidente du Front populaire de libération du Tigré (TPLF) est dirigée par Debretsion Gebremichael. Il est également vice-président par intérim de la région du Tigré.

Les hostilités sont lancées dans la soirée du 3 au 4 novembre 2020. L’armée fédérale éthiopienne lance une frappe aérienne sur la zone dissidente du Tigré, au nord, où des milices auraient attaqué deux bases militaires fédérales. Le TPLF contredit cette version et accuse le Premier ministre d’inventer cette histoire pour justifier son intervention militaire.

Mais les tensions entre le gouvernement fédéral et les dirigeants de la minorité tigréenne ne sont pas nouvelles. Les autorités régionales du Front populaire de libération du Tigré (TPLF) accusent le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed de marginaliser progressivement la minorité tigréenne, qui représente 6% de la population, depuis son arrivée au pouvoir en avril 2018.

Afin de contester le pouvoir fédéral, le Tigré organise ses propres élections en septembre 2020 malgré la décision de l’autorité fédérale de reporter toutes les élections en raison de la crise sanitaire du Covid 19. Depuis lors, le Premier ministre éthiopien considère le gouvernement régional du Tigré comme illégal. Le 7 novembre 2020, le Parlement éthiopien vote la révocation de l’Assemblée régionale et l’exécutif du Tigré. Le gouvernement éthiopien annonce la fin de l’offensive militaire de ses troupes, le 7 décembre 2020, mais en réalité les combats sont toujours vifs au Tigré.

Le commandement des forces du Tigré accuse l’Érythrée d’avoir aidé l’armée fédérale éthiopienne en permettant à ses forces aériennes de décoller du territoire érythréen et d’intervenir militairement dans les combats au Tigré. Le TPLF avait menacé de riposter en lançant des missiles contre les ports érythréens d’Asmara et de Massaoua sur la mer Rouge. Asmara, la capitale de l’Érythrée, est attaqué à plusieurs reprises par des roquettes lancées depuis la région du Tigré en Éthiopie. Ce conflit déstabilise toute la Corne de l’Afrique. L’Érythrée est un ennemi résolu du TPLF, qui contrôle les institutions politiques et sécuritaires de l’Éthiopie depuis près de 30 ans.

Entre 1998 et 2000, l’Éthiopie et l’Érythrée se sont affrontées dans une guerre meurtrière. A cette époque, le TPLF était influent dans la capitale fédérale. Jusqu’à ce qu’Abiy Ahmed prenne ses fonctions de Premier ministre en 2018 et parvienne à un accord avec Asmara, les deux pays étaient en conflit. Ainsi, le prix Nobel de la paix 2019 est attribué au Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, artisan de la réconciliation de son pays avec l’Érythrée.

Cependant, ce conflit écorne l’image d’Abiy Ahmed. D’ailleurs, il a reconnu récemment la présence de l’armée érythréenne sur son territoire. Confronté à une pression internationale croissante, le Premier ministre éthiopien annonce le retrait prochain des troupes érythréennes du Tigré. En effet, l’Érythrée reconnaît sa présence dans la région du Tigré et annonce son retrait au Conseil de sécurité des Nations unies.

Aujourd’hui, la situation humanitaire est inquiétante dans la région. Plus de 50000 Éthiopiens se sont réfugiés au Soudan, mais pendant la fuite, certains ont perdu la trace des membres de leurs familles. Le 20 novembre 2020, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, appelle à ouvrir le couloir humanitaire pour assister les personnes piégées dans les combats dans la province du Tigré en Ethiopie. Les Nations unies ont récemment mis en garde contre des cas de violence et d’abus sexuels. Quant à Amnesty International, l’ONG condamne le massacre de civils.

Cette résistance est enracinée et soutenue par le peuple, irrité par les massacres et les viols, y compris les atrocités commises par les Érythréens, ennemis du Front de libération du peuple du Tigré. Aujourd’hui, ce conflit est dans une « impasse » et les négociations pour une sortie de crise risquent de s’éterniser.

Diabel SOW, géographe, analyste géopolitique en territoires et enjeux de pouvoir

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