LES REFORMES POLITIQUES EN CÔTE D’IVOIRE

LES REFORMES POLITIQUES EN CÔTE D’IVOIRE

Réinventer le politique et reconstruire un État de droit est le défi de la côte d’Ivoire. IL ne s’agit pas simplement d’élire le président de la République et les députés, mais de faire émerger un projet de société basé sur de nouveaux compromis sociaux et dont le succès dépendra de la création de lieux de débats, de nouvelles bases de solidarité et de cohésion sociale.

Alors que, pour les bailleurs de fonds multilatéraux, le jugement porté sur la « légitimité » du régime reposera avant tout sur sa capacité à imposer au pays la rigueur de gestion nécessaire au respect à très court terme des contraintes dictées de l’extérieur bien que la situation économique soit unanimement reconnue comme louable , pour la population et les partis politiques, le dialogue engagé doit, surtout, déboucher sur une « décrispation » et une ouverture de l’espace politique.

Pour la compatibilité de ces deux logiques, nous résumerons tout d’abord, brièvement l’ampleur des contraintes économiques ; nous examinerons ensuite rapidement la forme que prend le changement politique actuel, qui reflète le rétrécissement du champ du politique ; enfin, nous évoquerons la possibilité, dans un tel contexte, d’une transformation des formes d’intervention politique sous le double effet des contraintes économiques et politiques.

La Côte d’Ivoire est dans une situation marquée par une austérité économique extrême vis-à-vis de ses partenaires extérieurs, le gouvernement actuel s’est trouvé confronté à une situation des moins envieuses.

Avec une dette extérieure estimée en 1998 à 14,7 milliards de dollars, impliquant un ratio du service de la dette de 28,3 %, la situation du pays était à première vue comparable à celle de bien d’autres pays africains. Cependant, ce qui est spécifique au cas ivoirien est la gravité des déficits publics.

Le processus politique semble réduit à la seule compétition électorale et dans laquelle, il est parfois difficile de distinguer des Partis idéologiques pris dans ce qui relève avant tout de la pure tactique politicienne. Les préoccupations semblent se focaliser sur la conquête du pouvoir plutôt que sur l’élaboration d’un projet politique.

LA TRANSFORMATION DES FORMES D’INTERVENTION POLITIQUE

L’absence d’espace de dialogue en termes de projet politique, les contraintes économiques et financières et l’intransigeance des partenaires extérieurs se conjuguent pour rendre possibles de nouvelles formes d’intervention plus autoritaires, justifiables par les impératifs de gestion des ressources dans un contexte de crise.

Cette dépolitisation place la côte d’Ivoire dans une position délicate. Elle dépossède l’État de ce qui fait l’essence de son pouvoir, à savoir la faculté de faire émerger un projet national, de procéder à des arbitrages et de contribuer à l’élaboration de compromis en fonction d’objectifs et rapports de forces souvent contradictoires, mais elle conduit aussi à assimiler les processus politiques à des processus de gestion administrative. Dans ce contexte de rétrécissement du champ politique, les débats autour du projet de réforme constitutionnelle se réduisent à des tactiques électoralistes, au détriment d’une véritable interrogation sur la construction d’un projet de société. Et le renforcement des stratégies de pouvoir de la part des forces politiques risque de rendre la situation de la crise encore plus volatile et instable.

IL s’agit là d’enjeux complexe qu’il faut aborder avec beaucoup de prudence et d’humilité, dont les implications sont telles qu’ils méritent d’être posés. L’inadéquation entre la nature des réformes institutionnelles par les institutions de Bretton Woods, formulées en termes de bonne gestion, et le besoin du pays de reconstruire un État de droit, de réinventer les liens pour une plus grande cohésion sociale, d’élaborer un projet de société et de relancer l’économie sur des bases nouvelles permettent de souligner un problème central et désormais récurrent : celui du positionnement des institutions multilatérales de financement et leur impossibilité à gérer de l’extérieur des processus aussi complexes que les réformes économiques et institutionnelles.

Mamadou Ben

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